Le rite sacrificiel est donc une violence ponctuelle et ritualisée, sinon légalisée, dont la fonction est d’opérer une libération salutaire des pulsions agressives sur une victime somme toute indifférente à la communauté, parce que marginale.
René Girard précise les conditions sociales qui "prédisposeraient" un individu à servir de bouc émissaire à la vindicte populaire, un prisonnier de guerre, un esclave, un enfant informe (ex. Œdipe a les pieds enflés), un roi parce qu’il échappe à la société par le haut ou un mendiant parce qu'il échappe à cette même société par le bas.
R.G. rappelle qu’Athènes entretenait elle-même quelques malheureux qu'elle pouvait sacrifier, quand les tensions sociales renaissaient, par exemple lors d’une calamité collective (épidémie, famine, invasion). C’est la pratique du "Pharmakos", à la fois poison et remède.Le sacrifice retranche du monde des hommes l'objet, l'être vivant, ou la partie du corps, concerné. Cette chose passe dans le monde des choses divines, dont les hommes ne doivent pas toucher, se servir. Ce passage se traduit le plus généralement par une destruction au sens commun, une dématérialisation : la mort, l'incinération, l'inhumation ou l'envoi sous l'eau, la clôture (pour les zones), le renversement (pour les liquides), la diffusion (pour les fumées, les matières odorantes), etc.
Étymologiquement, le terme de sacrifice s'emploie pour une grande variété d'actes. Habituellement, on l'utilise surtout pour les sacrifices sanglants. Dans le cas d'offrandes de nourriture ou de liquide, on parle de sacrifice non sanglant ou libation, et, dans le cas d'une portion du sol, d'inauguration.
Le terme est également passé dans le langage courant pour désigner le fait de détruire ou laisser détruire stratégiquement une partie d'un ensemble en vue d'un objectif global jugé plus important : sacrifier un pion au jeu d'échecs, sacrifier une escouade afin de gagner une bataille ou une guerre, etc.
...D'une façon la plus commune, le sacrifice est un don fait au(x) dieu(x) ou esprit(s), une offrande ; on parle alors de sacrifice latreutique. S'il est donné aux fins de rendre grâce pour un bienfait passé, il est dit eucharistique. Enfin, s'il est donné en vue d'obtenir d'autres bienfaits, il est dit impétratoire.
Le destinataire peut être une entité précise et déterminée, un groupe d'entités, voire une entité inconnue de celui qui fait le sacrifice (cas des abandons de choses à l'extérieur).
Un tel sacrifice-donation doit évidemment porter sur des objets adaptés au donataire :
Il peut être accepté ou refusé (par exemple : le feu qui doit consommer l'objet ne prend pas). Des spécialistes sont chargés de déterminer ce qu'il en est et comment cela doit être interprété, notamment par rapport aux événements futurs.
...
Mais surtout, plus profondément, le sacrifice n'est peut-être pas aussi efficace qu'il en a l'air. Si le conflit vient d'ailleurs, de l'état d'esprit des participants, l'élimination de l'objet du conflit ou l'élimination d'un seul participant ne change rien. On peut essayer de se rabattre sur un innocent (relatif), mais ce sacrifice ne marche plus vraiment dans le monde où le Christ a posé sa marque : le respect des perdants, des victimes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sacrifice
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